La Bonne Mort de l'église de Péronne
Péronne est une sous-préfecture du département de la Somme. L’église Saint-Jean-Baptiste a été édifiée lors du premier quart du XVI° siècle et a terriblement souffert lors de la guerre de 1914-1918 ainsi que lors de la guerre de 1939-1945. Toutefois, les murs avaient été épargnés et la Bonne Mort - qui date de 1601 - n’a pas été détruite. Elle avait été restaurée en 1850 soit par Charles-Henri Michel ou plus probablement par Jean Dufour, puis inaugurée le 6 décembre 2013, après restauration par Alix Laveau, Laura Serafini et Antonella Trovisi. À noter que cette peinture avait été copiée en 1603 et publiée à Rome par Giovanni Antonio de Paoli, avec des banderoles écrites en latin, portant également la demande du Christ à son Père, et la réponse de celui-ci.
L’église est construite selon un plan quadrangulaire et comporte trois nefs de hauteur égale, il n’y a pas à proprement parler de croix de transept mais deux chapelles absidiales côté nord et une côté sud, chapelle Saint-Fursy (autrefois Saint-Louis, Sainte-Anne ou du Sacré-Cœur), où se situe le Bonne Mort, occupant la presque totalité du mur ouest.
La peinture se compose de l’image centrale qui est la Bonne Mort proprement dite et de part et d’autres sont les portraits des donateurs.
Le mourant sur son lit occupe la partie centrale inférieure de la composition ; comme le diable qui est auprès de lui tente de le désespérer, il implore la Vierge, qui est le centre du tableau.
En fait ce sont quatre diables qui sont autour du lit, trois en arrière et un en avant mais les peinture sont maintenant fantomatiques. À sa tête se trouvent son ange gardien, bien visible avec ses ailes sombres, ainsi que son moine confesseur, qui tient un livre dans sa main droite et un crucifix ou un cierge dans sa main gauche. À ses pieds se tient son saint protecteur qui implore les autres saints. Juste au-dessus du lit et des diables, saint Michel s’apprête à livrer combat à tous les démons.
Au registre central se trouve donc la Vierge qui va implorer son fils (« Vois les mamelles qui t’ont alaitté ») ; sur notre gauche, un groupe de saints anges s’exprime : « Par elle nous allons à Dieu » et sur ce niveau à notre droite un groupe de saints martyrs (voir les palmes), saint Pierre en tête, dit : « Par Elle, Dieu vient à nous ». Au registre supérieur de la composition se trouvent de gauche à droite le Christ, Dieu le Père et le Saint-Esprit, sous forme de colombe comme c’est l’habitude.
Les textes sont les suivants, en gardant le même ordre qu’à Saint-Bris-le-Vineux :
Sous le lit il n’y a rien de lisible.
Sous le pied du lit, à la tête : prudence
au pied : tempérance
Sous le montant du lit, à la tête : justice
au pied : force, on a bien les quatre vertus cardinales.
Sur les oreillers on lit de haut en bas : charité, espérance, foi, bonnes œuvres ; la foi, l’espérance et la charité sont les trois vertus théologales.
Sur la couverture on ne lit plus que : pitié de moi [Vous mes amis, ayez au moins pitié de moi ).
Sur le revers du drap au niveau du thorax le texte peu lisible dit : bonnes pensées.
Diable vers la tête du lit : tu as péché, n’espère aucun pardon.
Saint Michel va les combattre.
À droite, le saint protecteur : secourez le, saints de Dieu
À gauche l’ange gardien : les textes sont presqu’illisibles [Accourez, anges du Seigneur].
Le mourant à la Vierge Marie : Marie préserve nous de ces malins [et nous reçois à l’] heure de la mort.
À gauche, la cohorte d’anges : par Elle, nous allons à Dieu.
Premier ange de la cohorte : Reine des anges, aide à cet infortuné (un peu effacé).
À droite, la cohorte des martyrs : par Elle Dieu vient à nous.
Et saint Pierre ou Paul : donnes-tu faveur à cet affligé.
La Vierge au Christ : mon Fils, voi les mamelles qui t’ont alaitté (texte à l’envers).
La Vierge à Dieu le Père : garde-le à la face de ton Christ (texte à l’envers).
La Vierge au Saint-Esprit : celui qu tu aimes est en infirmité.
Le Christ à la Vierge : Mère, te soit faict selon ton vouloir.
Saint-Esprit à la Vierge : mon espouse, te soit faict selon ton désir (texte à l’envers).
La Vierge au mourant : Assure-toi mon fils, nostre prière est exaucée (texte à l’envers).
Ainsi, les textes de Saint-Bris-Le Vineux et celui de Péronne sont sensiblement identiques mais à Péronne Dieu le Père ne semble rien dire (sans doute par vétusté). En revanche l’intérêt de Péronne est de nous présenter les commanditaires :
Sur toute la largeur de la peinture, les commanditaires sont présentés sur deux lignes : En honneur de Dieu et de la decoration de ceste chapelle Noble h?me me Iehan roussel conseiller du Roy lieutena r civil et nel /
au gouvernement et prevost de Peronne. Et Damle Iacquelinne avbé sa femme ont faict faire ce tableau la 1601
À gauche le donateur est à genoux sur un prie-Dieu habillé d’une tenture rouge, portant ses armoiries et sa devise (d’azur à trois roses d’argent celle de la pointe soutenue par un croissant du même ; devise : spero dum spiro, j’espère tant que je vis) ; il est vêtu sobrement d’un habit long, noir, à col droit ; ses mains sont jointes au-dessus d’un livre de prières. Au niveau de sa tête part une banderole : O Mater Dei memento mei (O Mère de Dieu, souviens-toi de moi). Au-dessus vole un ange, son ange gardien.
À droite de l’observateur est représentée son épouse, de façon analogue : elles est agenouillée devant un prie-Dieu habillé de rouge, ses mains sont jointes au-dessus de son livre d’heures. Il y avait sans doute des armoiries, actuellement non identifiables. Son costume est également sombre avec un grand col blanc lisse. À son côté gauche est un enfant, peut-être une fillette à la robe ample dont on ne saurait dire si elle est morte ou bien associée au vœu de ses parents, (probablement décédée). Entre la dame et l’ange du registre supérieur, la banderole est presque illisible, on distingue dévotion au milieu et éternel en haut.
Cette Bonne Mort de Péronne est un exemple rare de ces enseignements directement religieux, sous forme de peinture murale.

































