Danses Macabres

Strindberg, August : 3 commentaires sur La Danse de mort et sa vie

Commentaire sur la vie de Strindberg et sa Danse de mort

Fiche directement inspirée de la postface de l’édition Reclam, Stuttgart, 1980,

de Siegfried Melchinger

 Lorsqu’il écrivit sa Danse de mort à la jonction des siècles, Strindberg avait cinquante ans et il était mondialement connu, considéré comme le plus grand poète de son pays (Suède). Ainsi que le suédois Ibsen, ils décrivirent sur scène un réalisme social et moral qui déplut au public conservateur - donc plutôt âgé - mais qui eut du succès auprès des jeunes qui appréciaient davantage une vérité sociale et morale qui était habituellement dissimulé par les conventions. Nombre de pièces d’Ibsen avaient été interdites par la censure mais des clubs ou des théâtres privés - le théâtre Antoine - avaient été créés pour satisfaire un certain public.

Une première analyse de Strindberg traduit un certain exhibitionnisme, une certaine présentation de lui-même au public, à tel point qu’il parut fou et de fait il eut à plusieurs reprises de longs épisodes frôlant la psychose et la paranoïa, en particulier lors de son séjour prolongé à Paris où il avait vécu plus ou moins misérablement et ne cachait pas ses dérèglements. Il avait affirmé : « comment quelqu’un peut-il dépeindre fidèlement ce qu’il n’a pas lui-même vécu ? ». Cet épisode parisien, est narré dans Inferno, un récit plus ou moins autobiographique (écrit en français), sans doute exagéré comme tous les autres récits ; à noter que sa deuxième femme Frida Uhl, épousée en été 1893, l’a rejoint à Paris en septembre 1894 mais le quitte définitivement en novembre.

Après son séjour à Paris, il réside à Stockholm, à l’instigation et peut-être avec l’aide sa sœur Anna et de son beau-frère Hugo Philip, avec lesquels il va vivre longtemps. Anna était bonne pianiste et a sans doute souvent joué la Danse macabre de Saint-Saëns, d’où la Danse de mort dans laquelle Alice, au tout début de la pièce, propose de lui jouer quelque chose. Strindberg et son beau-frère avaient été fâchés autrefois car ils avaient été amoureux de la même femme et Strindberg l’avait emporté mais s’était moqué ensuite du vaincu de façon blessante. En ces années à Stockholm ils étaient réconciliés et Strindberg s’occupa beaucoup de son beau-frère lors d’une longue maladie. Cependant Hugo s’indigna ensuite de reconnaître dans la Danse de mort des disputes conjugales avec Anna, (bien que le couple fut en réalité, uni) et leur brouille dura encore quelques années, jusqu’en 1904 semble-t-il.

Si ces trois premiers mariages ont été des échecs, c’est sans doute essentiellement car Strindberg était misogyne, ou au moins se comportait ainsi. Ou plutôt car l’esprit compliqué, voire délirant de l’auteur était pratiquement imposé à ces femmes comme un étouffoir et tout autant parce que ses déviations mentales étaient voulues, voire créées par lui-même pour en tirer l’expérience et la remodeler dans ses écrits. Strindberg a bien utilisé ses propres déviations pour donner un sens, ou plutôt un corps, à ses visions, tout en les déformant selon son humeur au moment d’écrire..

 

 

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