Lübeck 3 Danse macabre de Reval-Tallinn
La Danse macabre de Reval a donc également été peinte par Bernt Notke. Reval est l’ancien nom de Tallinn, capitale de l’Estonie, sur la mer Baltique. La ville se situe assez loin au nord-est de Lübeck, en vis-à-vis d’Helsinki. À vol d’oiseau, c’est-à-dire aussi par voie maritime, il y a environ 1200 kilomètres entre ces deux villes. L’œuvre se trouve actuellement dans le musée médiéval de la ville qui est l’ancienne église Saint-Nicolas (Niguliste) et plus précisément dans la chapelle Saint-Antoine, autrefois Saint-Matthieu.
L’origine de cette Danse macabre n’est pas claire ; certains chercheurs estiment qu’il s’agit d’un travail commandé à Bernt Notke en guise de réplique à celle de Lübeck mais cette théorie est sans doute inexacte car des éléments appartiennent à la fois à Lübeck et à Reval.
Il s’agit d’une peinture mesurant sept mètres cinquante-six sur un mètre soixante-trois réalisée en tempera sur toile. Il ne reste ici que le début de l’œuvre, avec le récitant, un mort jouant de la cornemuse, puis pape, empereur, impératrice, cardinal et roi. Ces personnages et les morts sont tout à fait analogues à ceux de Lübeck mais nettement plus beaux ; c’est que nous disposons de l’original de Reval, tandis que de Lübeck il ne nous reste qu’une copie de la copie de Wortmann. De plus la restauration de la toile de Reval dans les années 1970 a permis une meilleure vision des contrastes et des détails donnant plus de relief et même de mouvement aux personnages. L’arrière-plan de la peinture est un décor automnal d’arbres et de frondaisons auxquels se mêlent de beaux bâtiments ; s’y ajoutent des petites scènes de genre à gauche et à droite du pape ainsi qu’à la gauche de l’impératrice.
L’existence de cette œuvre sœur de Lübeck pose de nouveaux problèmes ; tout d’abord les analyses passées sur des fragments anciens de Lübeck ont montré qu’il s’agissait des mêmes toiles !
La peinture de Lübeck montre bien la ville en arrière-plan et cet élément manque à Reval sauf que… l’église à double tours qui apparaît derrière le glaive de l’empereur n’existait pas à Reval, c’est la Marienkirche de Lübeck ; le bâtiment situé derrière le mort jouant de la cornemuse montre la partie sud de Lübeck, avec les deux tours situées sur la Wakenitz, la tour de l’empereur et la tour ronde des pêcheurs, avec ses quatre lucarnes. Cette frise était manifestement destinée à la Marienkirche, non à Reval. Ce fragment de Reval est bien la partie manquante de Lübeck. De plus nous avons dit que le texte était d’inspiration franciscaine ; or il n’y avait jamais eu de couvent franciscain à Reval. [Il va de soi que ne pouvons nous appuyer que sur des documents anciens ayant été écrits avant la guerre].
Le texte est le même que l’ancien texte de Lübeck transmis par Jacob von Melle (voir la fiche à télécharger) et voici quelques exemple d’une traduction approximative qui peuvent démontrer quelques quasi-identités avec la Danse macabre française à lire chez Guyot Marchant :
Le récitant : Hélas, créature raisonnable, pauvre ou riche, regarde ici le miroir, jeune et vieux…
Guyot Marchant : O créature raisonnable / Qui désires vie éternelle /… En ce miroer chacun peut lire…
Le mort au pape : bien que tu aies été le représentant de Dieu sur la terre…
Guyot Marchant : le premier qui suis Dieu en terre…
Le cardinal : que je regarde devant ou derrière moi, je sens toujours la mort près de moi…
Guyot Marchant : j’ai bien cause de m’ébahir / quand je me vois de cy près pris
Le roi : je n’ai pas appris cette danse…
Guyot Marchant : je n’ay point appris à danser…
Les hommes, les images et les textes circulaient dans l’Europe entière. Nous avons indiqué « Guyot Marchant » car ce sont les documents qui nous servent de référence actuellement et qu’il est facile de consulter, mais en 1463 ce n’était pas encore Guyot Marchant, c’est le texte même des Saints-Innocents qui a servi de modèle et qui avait donc été copié.
Il y a plus :
Les peintures du pape et de son mort sont presque identiques à Lübeck et à Reval comme nous l’avons écrit plus haut. Elles ne ressemblent pas à Guyot Marchant, peu au manuscrit 995 et nettement plus au Jacques de Besançon, BnF, Réserve Te-8. De plus nous présentons le pape de la Danse macabre de Meslay le Grenet (France, Eure et Loir, voir cette page) et laissons le lecteur apprécier…
Illustration : l’ensemble de la peinture de Reval (Tallinn actuellement).
Fiche à télécharger : les textes anciens de Reval et Lübeck qui nous sont parvenus.














