Peste

Lavaudieu

Prieuré Saint-André de Comps

La fondation du prieuré bénédictin de Saint-André de Comps remonte à l’an 1067. Raoul de Lugeac, Seigneur de Lugeac, abbé de Brioude, fait don de ce prieuré à Robert de Turlande, abbé de l'abbaye de La Chaise-Dieu. Robert de Turlande, fondateur de l'abbaye de La Chaise-Dieu, cherchait à créer un prieuré conventuel pour des moniales dans un site moins froid que le plateau du Livradois. Le hameau de Comps dans la vallée de la Sénouire, abritait une église dédiée à Saint-André. Robert de Turlande, décide d’y installer un prieuré, réservé aux religieuses. En 1070, Judith, fille du Comte d'Auvergne Robert II (1060-1096) s’y retire, assurant ainsi la notoriété de l’endroit d’une part et l’afflux de donations d’autre part, dont celles de son père qui assura le prieuré de sa protection.

Le cloître, considéré comme une merveille de l'art roman auvergnat et l'église abbatiale romane, dont le réfectoire présente une remarquable fresque murale du début du XIIIe siècle, témoigne de l'importance de ce lieu. Le village de Lavaudieu, a conservé son caractère médiéval avec ses ruelles, ses maisons de vignerons, son abbaye et son pont de pierres sur la Sénouire.

Au XIIe siècle, l’église prieurale, le cloître et plusieurs bâtiments furent bâtis. En 1176, une bulle du pape Alexandre III assure protection et privilèges et confirme les nombreuses propriétés comme il le fait pour l'abbaye de La Chaise-Dieu. En même temps que la communauté religieuse se développe, le hameau de Comps accueillant de nombreux villageois sur les bords de la Sénouire. Au XIIIe siècle, des chapelles sont construites du côté nord de l’église puis, au siècle suivant, la nef est décorée de nombreuses scènes bibliques dont la Crucifixion et la Passion du Christ.

A la fin du XVe siècle, sous le règne de Charles VIII, les Bénédictines du monastère de Saint-André de Comps (Sanctus Androeas de Cumis) optèrent pour l’appellation Vallis Dei, "la vallée de Dieu", qui deviendra "Lavaudieu" au fil du temps. Sous François Ier, l’abbaye passa en commende du roi tandis que les moniales abandonnaient la vie communautaire chère à saint Benoît pour s’installer dans des maisons individuelles bâties le long de la rivière et connaître ainsi une vie plus paisible et plus confortable.

Le mur sud de la nef de l’église Saint-André, est orné notamment d'une fresque datant de 1355, intitulée "La Mort Noire". La représentation de la Mort noire est une allégorie personnifiant la peste sous les traits d'une femme. Elle témoigne de la peur qui régnait partout, à cette époque. Dans cette fresque, La Mort n’est pas un squelette, ni un cadavre en décomposition, mais un corps apparemment sain. Elle s’avance, les yeux bandés, tenant dans ses mains des faisceaux de flèches, mais elle ne dispose d’aucun arc. Mais comme nous le voyons, plusieurs personnages, de toutes conditions gisent à ses pieds, chacun frappé d'une flèche. Cette arme est très souvent associée à la peste dans l'iconographie chrétienne. Les flèches frappent, en principe, les personnages à l'endroit des bubons. Saint Sébastien, percé de flèches, devient à l'époque médiévale, le protecteur de la peste.

Il reste difficile d'identifier avec précision les personnages de cette fresque. Toutefois, on peut imaginer aisément que les diverses classes sociales sont représentées, ecclésiastiques et laïques, riches et pauvres, hommes et femmes. Dans son étude sur Clément VI J. Bellut[1] reconnait le pape, l’abbé de la Chaise-Dieu (Etienne d’Aigrefeuille), l’évêque du Puy (Jean de Chandorat), et derrière eux, l’abbesse de Lavaudieu.

Cette fresque à Lavaudieu, est un exemple presque unique dans l'art macabre. Ce qui n'empêche pas de faire certains rapprochements avec d’autres représentations comme la danse macabre ou le triomphe de la Mort. Dans toutes ces visions médiévales, on retrouve les mêmes groupes sociaux et surtout le même enseignement : la peste et par conséquent la mort, peut atteindre tous les gens quelle que soit leur condition sociale.

La peste noire, ou mort noire, une pandémie de peste (essentiellement pulmonaire, c'est pour cela qu'elle s'est propagée si rapidement et qu'elle a été si mortelle.) qui sévit au milieu du XIVe siècle commence en 1347 à Marseille. Elle tue entre 30 et 50 % des européens en cinq ou six ans (1347-1352), faisant environ vingt-cinq millions de victimes.  La mortalité fut si importante qu'il y eut de graves conséquences sur la société médiévale en Europe dans son ensemble. Le manque de paysans engendra des revendications d'abolition du servage et des remises en question de l'autorité. Des rébellions plus violentes les unes que les autres ajoutent des morts aux morts de la peste. Mais cela engendra l'abandon du milieu rural. Il fallut attendre deux cents ans pour que la population européenne retrouve le niveau connu avant l'arrivée de la peste.


[1] Bulletin Historique de la Société Académique du Puy-en-Velay et de la Haute-Loire. 2022 Tome XCVIII

 

Nota : Les photos présentées ont été retouchées pour permettre une meilleure visibilité des personnages. La fresque dans un endroit sombre et en hauteur, ne permet pas d'en apprécier les traits. P. R

 



 

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