Livres d'Heures

Les Heures de Rohan

Ce sont des Heures à usage de Paris, le manuscrit latin 9471 de la BnF.

Ce splendide ouvrage aurait été fait pour Charles VII, avant son accession au trône, alors qu’il était duc de Berri, entre 1417 et 1422. Il est possible que ces Heures aient été offertes  au futur roi par Yolande d’Aragon qui était alors sa belle-mère, mère de Marie d’Anjou.

Il apparaît que celui qu’on appelle le Maître de Rohan n’aurait réalisé qu’un nombre restreint de ces admirables peintures.

Il est composé de deux cent trente-neuf feuillets, c’est donc un travail volumineux, qui a été réalisé dans plusieurs ateliers, parisiens sans doute mais aussi angevins. Le texte lui-même porte la marque de deux scribes différents et de qualité inégale.

La famille de Rohan ne semble en avoir été propriétaire que tardivement ; il est avéré que les armes des Rohan ont été rajoutées, nombreuses, postérieurement à la réalisation de l’ouvrage.

Les Heures commencent par un calendrier, ce qui est habituel ; chaque mois est surmonté de son signe zodiacal et est accompagné de peintures issues de la Bible moralisée.

- Folio 11v : c’est le mois d’août et la peinture illustre la Genèse, III, 1-6 : c’est le Péché originel, Adam et Ève sont auprès de l’arbre fatidique, celui de la connaissance. Le serpent tentateur a deux têtes, la sienne propre qui est une tête de dragon, tournée vers Adam et une humaine tournée vers Ève. Celle-ci mord dans la pomme tandis que celui-là contemple le fruit avec hésitation.

- Le folio 19 est en vis-à-vis du calendrier de décembre, il représente saint Jean, non pas sur l’île de Patmos mais dans un décor gothique, accompagné de son aigle.

- Au folio 21 c’est Matthieu dont l’ange présente et soutient son livre.

- Sur le folio 23 saint Marc caresse son lion qui a posé sa patte sur le livre, ce qui n’empêche pas le saint de suivre son texte.

- Saint Luc est représenté au folio 25 ; il est accompagné de son taureau comme il se doit et a posé sur lui sa main gauche ; il regarde Dieu le Père, tout en haut de la  construction à deux étages.

- Sur le folio 76r on observe un Christ visitant les enfers.

- Le folio 135 représente la déploration de la Vierge auprès de la croix. Cette peinture n’entre pas à proprement parler dans le cadre de l’art macabre mais le Christ mort, couché au sol est représenté nu, maigre, sanglant, les mains crispées de douleur. C’est un transi ! Sa mère se jette sur lui dans un mouvement de désespoir, effondrée, flasque, cependant que saint Jean la soutient autant qu’il le peut ; en revanche il s’est retourné vers Dieu le Père et son visage de profil semble bien chargé de reproches autant que de tristesse. Et Dieu le Père assiste à la scène et son attitude montre de la compassion, voire du regret.

- Le folio 159, bien connu, représente un homme couché : c’est un transi, très maigre, très décharné, habillé si l’on peut dire d’un voile presque transparent sur les hanches ; il repose sur un riche tapis  qui ne semble pas un drap mortuaire. Tout autour de lui sont disposés, nombreux, divers os : crânes, côtes, iliaques. Au-dessous de lui, tout en bas de l’image on retrouve dans un cartouche orné d’un crâne les premiers mots des Vigiles : Dilexi quoniam… de la bouche de ce mort barbu sort une banderole écrite en latin : Seigneur je remets mon âme entre tes mains ; tu m’as racheté, Seigneur, Dieu de vérité (Psaume, XXX, 6). Dans le quart supérieur droit de l’enluminure, Dieu le Père, auréolé, au visage sévère, tient un glaive et le globe. Sa réponse se trouve dans une banderole, écrite en français et disant : Pour tes péchés pénitence feras. Au jour du Jugement avecque moi seras. Les broderies du vêtement ainsi que son auréole portent des textes en latin : Jésus de Nazareth Roi des juifs - que le nom du Seigneur soit béni.  Il y a là étroite osmose entre le Père et le Fils.

Le quart supérieur gauche de la peinture est le combat pour l’âme du défunt ; un diable s’en est emparé mais l’ange l’a saisi par les cheveux et va le percer de son glaive ; de plus il est aidé par quatre autres anges munis de lances ou d’épées qui percent le diable au ventre, au fondement, au genou. Ces anges, dorés sur le fond bleu, ne sont pas très discernables au premier regard, il faut agrandir l’image.

- Le folio 167 montre une peinture que l’on trouve par exemple dans les Très Riches Heures du duc de Berry (Chantilly, Musée Conté, Ms. 65, fol. 86v) et aussi dans les Belles Heures du duc de Berry (Metropolitan Museum, New-York, Ms. Acc.no.54.1.1, fol. 95r). Il s’agit de la scène de funérailles de Raymond Diocrès, qui passait pour un homme bon et juste. Or pendant la cérémonie il s’est levé par deux fois de sa bière, affirmant d’une voix forte : j’ai été condamné au tribunal de Dieu. À la crainte stupéfaite de l’auditoire on interrompt la cérémonie pour décider de la suite à donner : s’il est condamné il est inutile de prier pour lui ; mais dans l’incertitude il vaut mieux prier pour lui que de s’abstenir. Or la scène se reproduisit le lendemain, à la reprise de la cérémonie. On voit donc bien ici Diocrès repoussant le couvercle de sa bière qui fait glisser le drap mortuaire et la banderole porte l’inscription : entre tes mains, Seigneur [je remets mon âme].

- Le folio 173 montre encore une scène de funérailles ; le cercueil, recouvert d’un drap bleu marine brodé d’étoiles, est porté par quatre moines dont un franciscain et un dominicain ; on retrouve les porteurs de cierge, d’eau bénite et de la croix, ainsi que des pleurants au visage encapuchonné.

- Le folio 182r montre une scène de funérailles d’un genre un peu particulier : on enterre deux morts en même temps, dans un cimetière où une multitude d’ossements ainsi que les instruments de fossoyeurs sont à fleur de terre ; les morts sont mis en  terre directement dans leur linceul cousu, ils n’ont pas de cercueil bien qu’il y en ait deux disposés au premier plan ; sans doute est-ce pour d’autres morts plus fortunés qui attendent. Les moines donnent la bénédiction ; cette scène fait irrémédiablement penser aux funérailles dans le charnier des Saint-Innocents - et combien d’autres - en période d’épidémie.

- La peinture du folio 185 donne la même impression : deux morts dans leur linceul cousu attendent d’être inhumés cependant qu’un troisième est nu, posé sur un drap sombre. Ici aussi les ossements jonchent le sol tandis que deux moines lisent les prières, celui de droite avec un regard de myope.

- Le folio 192 montre une scène analogue ; le mort est dans l’église, et même dans le chœur et au premier plan les fossoyeurs creusent un sol jonché d’ossements.

- Sur le folio 196 le mourant est dans son lit, entouré de deux membres de sa famille et le mort vient le chercher, portant son cercueil sur l’épaule.

- Le folio 220 nous montre saint Christophe et sur le 221 c’est saint Sébastien.

Illustration : saint Sébastien au folio 221.

Bibliographie ; Les Heures de Rohan, commentées par Millard Meiss et Marcel Thomas, Draeger, 1973.



 

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