Littérature médiévale et post-médiévale

22 - Jérôme Savonarole

« O Italie, O Rome, je vais vous livrer aux mains d’un peuple qui vous effacera d’entre les peuples ; je les vois qui descendent affamés comme des lions. La peste vient avec la guerre et la mortalité sera si grande que les fossoyeurs iront par les rues, criant : Qui a des morts ? Et alors l’un emportera son père, l’autre son fils… O Rome, je te le répète, fais pénitence, Venise et Milan ! « Florence qu’as-tu fait ? Veux-tu que je te le dise ? Ton iniquité est comble ; prépare-toi à quelque grand fléau. Seigneur, tu m’es témoin qu’avec mes frères, je me suis efforcé de soutenir par la parole cette ruine croulante ; mais je n’en puis plus, les forces me manquent, ne t’endors pas O Seigneur, sur cette croix. Ne vois-tu pas que nous sommes devenus l’opprobre du monde ? Que de fois nous t’avons appelé ? Que de larmes, que de prières ! Où est ta Providence ? Où est ta bonté, où est ta Fidélité ? Étend donc ta main, ta puissance sur nous ! Pour moi, je n’en puis plus, je ne sais plus que dire ! »

Cette voix d’un monde fini, s’exprimant avec larmes et sanglots, c’est celle qui passe, heurtée, brisée, à travers l’âcre fumée du bucher, c’est celle de Savonarole (1452-1498) [Citation de Michelet mais il semble qu’il ait été pendu avant d’être brûlé].

L’austère abbé du couvent Saint-Marc à Florence traîne auprès de lui les petits, la foule du peuple, en prêchant l’égalité et en donnant l’espoir aux pauvres ; il crie la misère et la repentance par les églises et les carrefours ; il vitupère les biens terrestres, les beaux vêtements, les bijoux et colifichets. Il clame le mépris du monde et de ses tentations avec les mêmes accents que frère Richard au charnier des Saints-Innocents soixante-dix ans plus tôt. Éloquent, fanatique et ascétique, il terrorise son auditoire fasciné où se pressent riches banquiers, orfèvres, artistes, commerçants, menu peuple ; en 1497, le 7 février, sur la place de la Seigneurie, le « bucher des vanités » fait disparaître une montagne de belles choses.

Les misères politiques et guerrières de l’Italie, l’état lamentable du Saint-Siège, les luttes intestines des florentins partagés entre la récession et la misère, eurent tôt fait de laisser à Savonarole la responsabilité de tous les maux qu’il avait prédits. L’incessante apologie du Contemptus mundi fatigua et engendra l’envie et la haine. Jérôme Savonarole meurt sur le bûcher le 23 mai 1498.

Illustration : BnF, Réserve des livres rares, D-5003 (3), vue 37. Source Gallica.bnf.fr/BnF.

Bibliographie :

- ANTONETTI Pierre, Savonarole : le prophète désarmé, Perrin, 1991.

- MARIETTI Marina, Savonarole, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1998.

- UTZINGER Hélène et Bertrand Itinéraires des Danses macabres, Éditions Garnier, Chartres, 1996.

- BnF, Réserve des livres rares, D-5003 (3), La expositione del Pater Noster composta per Frate Girolamo…, Florence, 1500.

- Bnf, Réserve des livres rares, D-5431 (1), Revelatio de tribulationibus nostrorum temporum… 1496, Paris. Cette édition est de Guyot Marchant ainsi qu’il est indiqué dans le colophon mais non indiqué dans la notice de la BnF…

- BnF, Réserve des livres rares, D-5003 (5), Proemio del reverendo Padre Frate Hieronymo…, explication du psaume 79, Florence, 1496-1497.

- BM Montpellier, CO 120, Méditation sur le psaume Miserere, édité par Hans Froschauer, Augsbourg, 1499.



 

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