19 - Georges Chastellain
Celui qu’on appelait familièrement Georges, ou l’Aventureux, est né en Flandre vers 1405 et meurt à Valenciennes en mars 1475. C’était un serviteur, un proche et un fidèle ami de Philippe le Bon, avant d’être l’historiographe de Charles le Téméraire qui l’arma chevalier.
C’est vers la fin de sa vie qu’il écrivit, à Valenciennes, ses célèbres Chroniques. Mais l’œuvre qui nous intéresse est le Miroir de Mort, écrit entre 1450 et 1455, qui comprend quatre-vingt-treize huitains octosyllabiques.
Le début plonge le lecteur dans le vif du sujet : l’auteur est en train de voir mourir la femme qu’il aime ; l’expression simple et poignante, sans emphase, et rappelle étonnamment Le laboureur de Bohême. La femme adorée meurt à la septième strophe et l’auteur réfléchit à l’instabilité de la vie ; à partir de la quatorzième strophe, c’est le Ubi sunt et, après la vingt-deuxième, on arrive au constat d’impuissance devant la mort, à l’inutilité de la lutte, qui se transforme rapidement en moralité pour bien mourir, une moralité qui s’adresse bientôt à son interlocuteur, à son lecteur : « Regarde où sont allés nos pères… ».
Georges persévère alors dans la leçon de morale, dans le thème du mépris du monde à cause de l’inutilité et de la précarité des biens terrestres. C’est un sermon, un peu à la manière de Hélinand, reprenant sans cesse des exemples pratiques : beauté physique, vêtements, harnachements, et s’adressant successivement, telle une Danse macabre, au chevalier, au gentilhomme, à l’abbé, au bourgeois ; à la quarantième strophe, la leçon de morale chrétienne continue de se préciser en même temps que l’horrible agonie entre en scène, à la Villon : à la quarante-huitième strophe, on rejoint l’Ars moriendi, avec :
L’adversaire de notre loi
Qui se montre hideux et noir
Disant pécheur tu es à moi…
À partir de la soixantième strophe, c’est une Passion ou même un Stabat Mater rejoignant le Péché originel :
Par le premier péché commis
Du père du humain lignage…
et donc du Mors de la Pomme.
Les vingt dernières strophes sont de nouveau une leçon de morale détaillée, en rapport avec la gloire et l’amour du Christ. L’intérêt et la caractéristique de cette œuvre résident d’une part dans sa facilité de lecture, son style précis et didactique, d’autre part dans l’évocation de la totalité des principaux thèmes macabres du XVe siècle.
Illustration: BnF, Réserve des livres rares, Ye 171 ; imprimé à Lyon vers 1481-1482.
Il existe aussi un manuscrit à la bibliothèque municipale des Carpentras, le 0410.





