Littérature médiévale et post-médiévale

18 - Pierre de Nesson

Pierre de Nesson est né en 1383, il est le fils de Barthélemy de Nesson, châtelain d’Aigueperse pour le compte de Jean de Berry. Barthélemy, qui était fort riche, a fait construire un nouveau clocher pour l’église Notre-Dame (appelé la tour des Nessons). Pierre fait ses études à Paris, à la faculté des arts, puis à Orléans, à la faculté de droit. Il revient en 1414 à Aigueperse et se met au service de Marie de Berry et de son époux le duc de Bourbon, Jean Ier. Il devient bailli d’Aigueperse. En 1436, le roi Charles VII l’envoya au concile de Bâle comme ambassadeur, et il est également secrétaire du roi. Ce n’est pas un homme de rien qui meurt en 1443 après avoir écrit un certain nombre de poèmes moralisateurs dont on peut retenir les suivants : Hommage à la Vierge, Le Lai de la guerre, Oraison à Notre-Dame, Paraphrases des neuf leçons de Job ou Vigiles des morts, publiées à Lyon par Guillaume le Roy vers 1478 dans lesquelles il aborde philosophie et théologie.

Son art s’exerce sur plusieurs points. Il parle tout d’abord de la vie mondaine, de l’inutilité et de la futilité des richesses de ce monde ; plus encore, il insiste sur le danger qu’il y a à mal acquérir des honneurs et des richesses : tout cela est vain et sot puisque nous n’emporterons rien dans l’au-delà. Puis il traite de la précarité de la vie, de son injustice, de ses misères et de ses souffrances. Son amertume, son pessimisme le conduisent à vilipender la mort, sa noirceur, sa pourriture, sa déchéance et ses vers. L’Homme n’est réellement que charogne et sac à vermine et à décomposition. C’est dire que le médecin est bien inutile puisqu’il n’est pas censé déplacer le moment de la mort. Pierre de Nesson le précise en ces termes :

Comme de[r]nier instant de vie

Ne medicine ne vault [ mye ]

A ce terme remedier.

Ainçois veult medicine tendre

A ce periode faire attendre

Par ces accidens obvier.

C’est dire aussi que bien des hommes sont infiniment malheureux s’ils sont prédestinés car cela n’est pas leur faute s’ils sont voués à l’Enfer.

Pierre de Nesson apparaît non seulement comme un bon poète, mais aussi comme un philosophe et un théologien non dénoué de finesse. Son analyse de la prédestination est d’une rigueur et d’une excellente logique.

Nous ne savons pas la date exacte de cette œuvre ; pour des raisons chronologiques, on peut se demander si elle n’est pas contemporaine ou même légèrement postérieure à la Danse macabre. En revanche, l’hypothèse de son antériorité s’appuie sur deux éléments non négligeables : si l’auteur avait vu la Danse macabre de Paris – ce qui n’aurait pas manqué d’être – il aurait peut-être écrit quelques vers concernant l’égalité que provoquent la pourriture mortelle de la survenue de celle-ci ; et puis, il eût peut-être cité quelques figures sociales, ce qu’il n’a pas fait.

Les Vigiles des Morts se présentent peut-être comme un précurseur de la Danse macabre, ou au moins comme un apparenté. Les sujets évoqués sont analogues et les deux œuvres s’inscrivent bien dans la pensée macabre du premier quart du XVe siècle.

Illustration : BnF, Ms. Lat. 10736 ; ce texte est en français, comme on peut le lire. Source Gallica.bnf.fr/BnF.

Bibliographie.

- COLLET Alain, Pierre de Nesson, Les vigiles des morts (XVe siècle). Édition publiée par Alain Collet, Paris, Champion (Les classiques français du Moyen Âge, 141), 2002, 125 p. Il constate que beaucoup de copies sont incomplètes : il en existe 279 sizains et non 260.

- COLLET Alain, Bibliothèque de la Diana, Montbrison, Loire, France, Société historique et archéologique du Forez, 2° trimestre 1997, tome LVI n°2.

- Timelli Maria Colombo, «Pierre de Nesson, Les Vigiles des Morts (XVe siècle)», Studi Francesi, 143 (XLVIII | II) | 2004, 340.

- UTZINGER Hélène et Bertrand Itinéraires des Danses macabres, Éditions Garnier, Chartres, 1996.

- Pierpont Morgan Library, New York, Ms. M.182, f. 27v-56, vers 1490.

- Staatliche Museum, Kupferstichkabinett, Berlin, Allemagne, 78 C 7, f. 94-108.

- British Library, Londres, Harley, 3999, fin XVe.

- BnF, Paris, Ms. latin, 10736.

- BnF, Paris, Arsenal, Ms. 3146.

- BnF, Paris, Ms. français, 578, f. 122-129.

- BnF, Paris, Ms. français, 1130, f. 118r, pas d’enluminure.

- BnF, NAF 10437 (pas d’enluminure).

- BnF, Ms. Fr. 1642 (pas d’enluminure).



 

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